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Commerce équitable et développement durable

Nos idées, nos engagements


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Pour ou contre le « commerce équitable » ?

Depuis les temps héroïques du « Trade not aid », le paysage de l'économie mondiale a subi de profondes mutations, aussi des acteurs tel que Minga (www.minga.net) travaillent à faire évoluer le concept de « commerce équitable » et sa mise en pratique, en l'enrichissant de nouvelles dimensions. Les arguments en faveur du commerce équitable ou tout au moins d'une certaine conception du commerce équitable sont bien connus; il est vrai qu'on ne lésine pas sur le budget de publicité, pardon d'éducation, d'autant moins qu'il s'agit de fonds publics. Les objections que l'on peut faire au commerce équitable sont encore moins connues que les prises de position dérangeantes de Minga ; on en trouvera 10 sur le site suivant à partir d'exemple réels :

http://www.decroissance.org/index.php?chemin=textes/commerce_equitable

Plutôt que de rallonger cette liste ou de la discuter, nous préférons vous raconter nous aussi une petite histoire transposée sous d'autres cieux et qui résume à peu près les dérives du commerce équitable que nous avons pu constater en rapport avec la Colombie.


Jean, Antoine et Hassan

Soit donc un artisan ébéniste de Provence qui produit de superbes objets en olivier, nous l'appellerons Jean. La matière première est rare, le travail est irréprochable mais long; conséquence, les prix de vente se situent dans la gamme 200-300€, donc réservés à une clientèle aisée. Un autre ébéniste, moins talentueux, disons Antoine, ne parvenant pas à vivre de son art décide d'aller s'installer au Maroc. Il y recrute une vingtaine d'artisans en situation précaire, y trouve du bois d'olivier bon marché et des conditions avantageuses pour s'installer. Antoine n'a aucune difficulté à obtenir l'étiquette « commerce équitable » pour sa nouvelle affaire – d'ailleurs il met un point d'honneur à contribuer aux bonnes oeuvres locales - et peut commercialiser sa production en France avec des prix de revient de 70-100€, diffusée dans les circuits garantis équitables. Bien sûr, ses produits sont loin d'avoir la qualité de ceux de Jean, mais dans ces pays pauvres vous savez bien qu'on ne peut pas demander l'impossible à des gens qui pour la première fois de leur vie mangent à leur faim grâce à votre générosité. Quant à Hassan, son voisin, un authentique ébéniste marocain qui fait vivre régulièrement une douzaine de familles depuis une vingtaine d'années, lui ne bénéficie bien évidemment d'aucun avantage particulier. Ses produits n'ont rien à voir avec ceux de Jean mais ils n'en sont pas moins le reflet d'un savoir-faire ancestral pleinement maitrisé. D'après Hassan ses prix de revient se situent dans la gamme 100-150€. Petit entrepreneur marocain de son état, il est comme vous vous en doutez un sinistre exploiteur – il est bien connu que ces gens là n'ont aucun sens de l'équité – par conséquent ses produits n'ont rien à faire dans une boutique de « commerce équitable », il doit se contenter des circuits conventionnels. Heureusement, Jean et Hassan ont chacun leur clientèle de connaisseurs, pour qui la valeur d'un objet ne se limite pas à son prix ou à une étiquette. Mais combien de temps tiendront-ils face à la concurrence d'Antoine ? Parviendront-ils à sauvegarder leurs savoirs-faire respectifs ? Rien n'est moins sûr. Quoique, les temps changent...

Chacun est libre d'interpréter cette fable comme il l'entend, Antoine est soit le méchant soit le héros de l'histoire, c'est une question de point de vue; après tout il contribue effectivement à faire vivre plus de familles qu'Hassan et Jean réunis. En ce qui nous concerne, si Antoine produisait des objets authentiques au même prix ou même un peu plus chers que ceux de Hassan, en donnant des garanties sur l'origine de son bois, en prenant une marge inférieure de manière à financer un accompagnement social de ses travailleurs, etc. nous serions mieux disposés à son égard. Mais dans l'état actuel Antoine incarne parfaitement cette nouvelle race de missionnaires dont les dégâts (la liste est trop longue pour la détailler ici) n'ont rien à envier à ceux de ses sinistres prédécesseurs.


Débat et transparence

Poursuivons en reprenant ici la partie la plus importante du document mentionné ci-dessus, son introduction : « Les arguments en faveur du "commerce équitable" ont été largement développés. Notre propos n'est donc pas ici de les rappeler mais, de développer un contre argumentaire à ce commerce dit "équitable ". La capacité à accepter la critique, à recevoir la contradiction, à engager un débat, sont le gage d'une démarche évolutive. ». Sur ce principe au moins, nous sommes tout à fait d'accord, le reste demande justement à être débattu. Mais peut-on débattre de ce qui nous fait vivre ? Apparemment non, puisque tout le dispositif mis en place par les ayatollahs du commerce équitable vise justement à éviter toute note discordante. Donc le vrai débat est confisqué. Or comme toute pratique humaine, même animé des meilleures intentions, le commerce équitable connait des dérives, tant dans les pays consommateurs mais que dans les pays producteurs. C'est parfaitement regrettable mais hélas inévitable, c'est bien pour cela que le débat est absolument nécessaire.


Par honnêteté la première chose à faire est de reconnaitre que le commerce équitable n'est qu'un idéal qui comme tout idéal est impossible à atteindre. Et au nom de la réduction de certaines inégalités, attitude parfaitement légitime, il faut d'abord ne pas en créer de nouvelles, ce qui est plus facile à dire qu'à faire. Ensuite libre à chacun de porter à la connaissance de ses clients les démarches qu'il fait dans ce sens mais en définitive c'est au consommateur qu'il appartient de décider ce qui est ou non équitable de son point de vue et pas à une quelconque structure d'en décider pour lui.

Le gros problème du consommateur qui veut acheter « équitable » est qu'en pratique il n'a aucun moyen 100% fiable de vérifier les informations transmises par le distributeur à propos de situations à l'autre bout du monde. Bien que ce ne soit pas une consolation, sachez également que les producteurs et les institutions chargées de les accompagner n'ont pas la moindre idée de ce qui se vend en leur nom à l'étranger !

Quelles informations fournir ? La transparence financière sur l'ensemble d'une filière, chère à Minga, est effectivement un élément important. Contrairement à une association, une entreprise doit rendre publique ses comptes en fin d'exercice annuel; c'est déjà un premier pas en ce qui concerne les conditions de commercialisation en Fance. Il reste à les rendre intelligibles au grand public. Concernant les pays producteur, cette transparence est encore plus difficile à obtenir et ne peut pas se réduire aux chiffres; pire encore, interprétés avec les critères de notre culture, les chiffres bruts peuvent produire une vision complètement erronée de la réalité, dans un sens comme dans l'autre. Aussi toute analyse quantitative doit s'accompagner de références culturelles appropriées. Car sans connaissance intime de la culture du pays producteur, comment évaluer ce qui est juste ou non ? Comment évaluer l'impact écologique sur les ressources naturelles sans le concours de professionnels reconnus du pays concerné ? Comment avoir la certitude de l'authenticité des produits lorsqu'on ne traite pas directement avec les producteurs ? Comment ne pas favoriser une concurrence déloyale ? Une telle évaluation peut demander beaucoup de ressources dans le pays producteur.

Tout acte de commerce a un impact social et environnemental. La complexité des conséquences dépend beaucoup du type de marchandise et de leur origine. Concernant les produits manufacturés tels que ceux que nous vous proposons, la problématique est en effet complètement différente de celle des produits agricoles comme le café ou le coton et ce à plus d'un titre. Aussi nous avons préféré expérimenter notre propre démarche et vous l’expliquer en détail.

Mais avant cela voyons un peu ce qu'il en est du développement durable et des produits bio comparé au commerce équitable. On a en effet tendance à présenter ces trois notions comme un trio d’inséparables. Effectivement elles relèvent toutes d'un désir légitime d'une autre société. Mais étant des produits de la même société, aucune n'est plus à l'abri des contradictions et dérives en tous genres que l'autre, d'où la nécessité de maintenir le débat ouvert au lieu de se barricader derrière une série de dogmes bien pratiques, et de faire preuve d'une grande vigilance.

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Quid du « développement durable » et du « bio » ?

Utilisation des ressources naturelles

D'un point de vue développement durable, les principaux articles concernés parmi ceux que nous vous proposons sont les objets en bois et ceux à base de fruits ou fibres naturelles. Tous les articles en bois bénéficient d’une autorisation d'exportation en bonne et due forme des autorités colombiennes concernées. Plusieurs essences de bois qui ont été surexploitées sont pour le moment interdites à l’exportation. (diomate, nazareno, etc.). On ne peut que se féliciter de ces restrictions mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. Ce sauf-conduit signifie simplement que l’espèce n’est pas (encore) menacée d'extinction à l'échelle nationale, mais l’exploitation forestière en Colombie est de l’aveu même des instances officielles largement sauvage et dans le meilleur des cas ce bois provient de plantations à l’emplacement d’une forêt primaire détruite depuis plus ou moins longtemps (sur un autre continent, la Tasmanie, par exemple, est tristement célèbre pour son bois certifié issu de forêts durables, plantées sur les cendres encore fumantes d’une forêt primaire exceptionnelle !). De plus, l'origine réelle du bois et d'autres ressources naturelles qui font l'objet d'une exploitation intensive comme la tagüa ou ivoire végétal (fruit d'un palmier), est bien difficile à vérifier. Plus le volume traité est important plus le risque qu'une partie de la matière première provienne d'une exploitation illicite est important. Le fait que le producteur soit en possession de toutes les autorisations nécessaires est incontournable mais n'est jamais une garantie à toute épreuve sur l'origine du produit. En fait concernant la tagüa il semble que nous ayons surévalué ce risque, mea culpa : en effet ce palmier est devenu tellement rare à l'état naturel, comprenez par là que le mal est déjà fait, donc effectivement il n'y a plus beaucoup de risque... Une fibre issue d’un autre palmier, le werregue, sert de support à une vannerie réputée utilisant des coloris naturels eux aussi issus de la forêt. Mais là aussi l’exploitation de cette ressource pose problème même si c’est dans ce cas c’est à plus petite échelle. S’agissant d’un artisanat traditionnel de communautés indigènes et afro-colombiennes encore peu voire pas diffusé à l’étranger, nous aimerions vous proposer quelques articles de cette vannerie, mais en l'état actuel des choses il nous parait urgent d'attendre que le contrôle mis en place par Artesanias de Colombia fasse ses preuves (des solutions d'exploitation durable existent effectivement). En fait le cas du werregue est d'autant plus affligeant que l'actuelle dilapidation de cette ressource est le fait de communautés indigènes qui ont perdu leurs racines. Ce cas n'est malheureusement pas isolé, ce qui ne fait que confirmer, si besoin était, qu'on ne peut pas dissocier nature et culture, social et environnemental.

Les relations ONGs - multinationales

Vu d’un pays occidental, on s’imagine que de telles restrictions ne peuvent être imposées que par un pays « développé », ou par exemple par une ONG comme « Rainforest Alliance » qui propose un code de bonne conduite très impressionnant pour donner sa bénédiction aux entreprises qui veulent se refaire une virginité écologique, comme par exemple Chiquita et ses célèbres bananes. Seulement voilà, perpétuant une longue tradition des compagnies bananières, l’implication de Chiquita dans le financement des groupes paramilitaires a récemment été clairement démontré mais l'entreprise n'a finalement été condamnée qu'à payer une amende symbolique sans qu’aucun responsable américain ne soit inquiété.

  • www.rainforest-alliance.org/programs/agriculture/certification/faq_french.html

  • www.prnewswire.co.uk/cgi/news/release?id=156290

  • www.i-dem.org/rd/2007/marzo/220307-1168.htm

Passons pour Chiquita, nous dirons que c'est le poids de l'histoire... Mais alors que dire de Nestlé qui se retrouve poursuivi pour les mêmes raisons ? Encore le poids de l'histoire ? Il est vrai que c'est une autre multinationale au passé chargé... Tiens, mais au fait certains de ses produits ne seraient-ils pas quant à eux labélisés «équitables» par un certain Max Havelaar ? Et rien de s'oppose au fait qu'ils bénéficient aussi de la norme «bio», ainsi va notre société de consommation qui n'en est pas à une contradiction près.

  • http://www.sinaltrainal.org/index.php?option=com_content&task=view&id=189&Itemid=1
  • http://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/JACQUIAU/15101

Et le « bio » ?

Est-ce que le « bio » échappe aux contradictions du commerce équitable ou du développement durable ? Une telle exception tiendrait du miracle ! De même que pour le commerce équitable nous n'allons pas reprendre tous les arguments en faveur des produits "bio", ils sont encore mieux connus du grand public. Mais là encore on peut émettre des réserves, voire des objections à certaines pratiques qui sont apparues avec le temps, comme pour le commerce équitable. Ce n'est pas par hasard si les revues spécialisées se font l'écho de débats similaires dans leurs récentes éditions. Cet exemple montre bien les risques qu'il y a à réduire le "bio" à un simple contenu chimique (est-ce bon pour ma santé ?) sans se poser davantage de questions sur l'impact social et environnemental des produits ainsi certifiés, et ce à l'échelle mondiale et non pas seulement locale (voir le cas des bananes  Chiquita). Comme le dit si bien un agroécologiste bien connu on peut faire du bio et exploiter son voisin, ce n'est pas du tout incompatible. Nous ajouterons que l'on peut faire du bio et détruire l'environnement, ça aussi c'est tout à fait possible. Ce qui bien sûr ne remet nullement en cause l'intérêt des produits bio.

Vigilance

L’aspect strictement « bio » est finalement relativement simple à vérifier car uniquement technique et en pratique il peut être complètement déconnecté des aspects écologique et social. L’aspect équitable est avant tout humain et de ce fait exige une solide référence à la culture locale des échanges économiques. Finalement si ces deux aspects sont des avancées indiscutables et indispensables ils sont largement insuffisants pour faire face aux enjeux environnementaux et sociaux de notre époque. Hélas, l’impact écologique est de loin la notion la plus complexe à analyser. Seul des organismes spécialisés comme l’Institut Humboldt en Colombie ont les capacités à mettre en place des études de terrain dignes de ce nom sur l’impact de l’utilisation des ressources naturelles ; il reste ensuite à apprécier l’indépendance du dit organisme, ce qui n’est pas une mince affaire… Quant au bilan écologique d'une filière donnée, ce n'est pas et ce ne sera jamais un science exacte. Si le « commerce équitable » est un idéal lointain, que dire du « développement durable » ? L'expression elle-même en dit long sur ce que l'on entend justifier en son nom.

Comme on le voit, aucune norme, charte ou label ne peut garantir au consommateur que les produits présentés comme étant bio, équitables ou écologiquement corrects soient conformes à sa propre éthique. Une règle simple : soyez d'autant plus vigilants que les produits affichent de labels différents ! A chacun de s'informer et d'exiger le maximum d'informations dont il souhaite avoir connaissance avant de passer à l'acte, tout en sachant que bien souvent ces informations sont pratiquement impossibles à vérifier. Nous travaillons actuellement avec nos partenaires en Colombie à faire en sorte qu'au moins une partie des informations dont nous disposons soient accessibles à tous directement à leur source via internet. Ce sera bientôt possible pour certains produits tandis que pour d'autres cela prendra beaucoup plus de temps.

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Notre approche des critères sociaux et environnementaux

La particularité d'Avenue Colombie est de s’appuyer avant tout sur une longue expérience professionnelle (PME) et associative en Colombie (mise en place de programmes de développement dans un quartier pauvre de Bogota), ce qui nous donne une autre approche des réalités concrètes auxquelles doivent faire face tant les travailleurs que les petits employeurs dans un pays au développement très hétérogène et où sévit un conflit interne depuis plus de 40 ans.

En particulier, nous connaissons bien ce qui est légal ou non en matière de droit du travail, obligatoire ou facultatif en matière de protection sociale ainsi que les diverses options possibles de manière à ce que tout le monde puisse s'en sortir, sachant qu’en Colombie comme en Europe la législation évolue constamment (idem pour les moyens de la contourner). L'évaluation de l'engagement social d'une entreprise ne se fait pas en fonction d'une charte qui serait meilleure que celles des autres mais se fait au cas par cas, en tenant compte des spécificités de son secteur d'activité et/ou géographique. Concrètement cela veut dire, par exemple, que compte-tenu des différences culturelles, il n’est pas question d'exiger d'une entreprise de la région Caraïbe les mêmes efforts que d'une entreprise équivalente de Bogota. Cela reviendrait à compromettre gravement les chances de survie de cette entreprise qui doit composer avec des particularismes régionaux très forts et une situation politique très pesante qui ne lui permettent pas d'être aussi compétitive que son homologue de la capitale. Inversement, une entreprise de Bogota satisfaisant pleinement les critères classiques du commerce équitable peut fort bien se voir refuser notre partenariat si nous estimons qu’elle est en-deçà de ce qu’elle pourrait effectivement faire, au vu de sa situation privilégiée. Et ces nuances là sont impossibles à exprimer dans quelque charte que ce soit.

En théorie notre démarche est applicable à n’importe quel pays, mais il faut bien comprendre que sa mise en œuvre exige une connaissance intime du fonctionnement de la société, du monde du travail et de ses institutions, de la situation nationale et locale, ce qui ne peut être obtenu que par une longue immersion en situation réelle et pas seulement par des voyages d’étude occasionnels. S’agissant d’un pays qui vit une situation aussi absurde que la Colombie, apprécier ce qui est juste ou non dans un contexte donné requiert également le concours de sources d’informations diversifiées, or c’est un processus long et délicat. En ce qui nous concerne, notre domaine de compétence est strictement limité à la Colombie, et encore, notre réseau ne nous permet pas de couvrir l’ensemble du pays de manière satisfaisante.

Sur le plan environnemental nous faisons de notre mieux pour soutenir des solutions qui nous semblent acceptables mais la certitude n’est pas notre plat quotidien. Enfin, à partir du moment où nous acceptons d’importer des produits d'un autre continent il faut aussi modérer nos ardeurs de donneurs de leçons (idem pour le tourisme vert que nous soutenons mais qui ne peut se passer du transport aérien). Nous accordons beaucoup d'importance aux ressources naturelles utilisées par les artisans. A tort ou à raison, nous avons renoncé à l'importation de certaines d'entre elles compte-tenu de leur traçabilité limitée et de l'étendue du marché (notamment la tagüa). Parmi les matières naturelles que vous trouverez ici, seuls les bois précieux sont des produits hautement sensibles, en particulier l'un d'entre eux, le Carreto, localement en danger. Si là aussi la traçabilité ne peut pas être améliorée, par sécurité nous y renoncerons également à l'avenir.

Les préoccupations environnementales sont encore très récentes dans le milieu des entreprises colombiennes et là encore il s'agit d'impulser ou simplement d'accompagner un mouvement et non pas d'imposer des standards que trop peu pourraient suivre sans que cela soit apprécié à sa juste valeur à l'échelon national. Or, sans cela c’est peine perdue. Il est clair qu’au niveau du retraitement des déchets ou de l’emploi de produits de substitution ou même des matières premières (coton bio par exemple) il y a matière à progresser ; mais le train est en marche, notre producteur de bijoux précolombien en est un exemple remarquable. Il y a surtout de grosses disparités, comme sur le plan social, entre les producteurs qui ont les moyens de faire des efforts et en récoltent déjà les plus-values, et ceux qui doivent se battre pour préserver les quelques emplois qu’ils ont réussi à créer.

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Nos pratiques commerciales

Le choix des producteurs

Concrètement, pour la plupart des produits que nous vous proposons nous avons d’abord recherché qui se faisait de mieux de manière à avoir une sorte d’étalon de qualité ; par exemple, être retenu par Artesanias de Colombia, institution publique, est un critère de qualité reconnu (enfin, vu l'évolution de plus en plus ultra-libérale de cet organisme nous devons moduler ce discours, mais cela reste un élément d'appréciation). Nous sommes également partis de nos contacts pris à l’occasion de la grande foire annuelle de l’artisanat à Bogota (la plus grande d’Amérique du Sud) où les exposants sont sélectionnés par Expoartesanias ; tous ces artisans ont à un moment donné de leur parcours été formés par Artesanias de Colombia (à une autre époque) afin d'optimiser la qualité de leurs produits. Ensuite nous procédons par éliminations successives, d'abord par entretien informel puis par visite, en fonction de la démarche sociale / environnementale, et disons le, de nos affinités.

La Colombie possède une législation du travail tout à fait comparable à celle de la France, le problème n’est pas la loi mais son application stricte. Cette situation n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de la France de l’après-guerre. Ce fut une agréable surprise de voir combien d'entreprises sont déjà engagées sur la bonne voie, sans faire mystère de leurs difficultés à concilier équité et qualité. Aussi nous mettons ces entreprises en relation les unes avec les autres de manière à ce qu'elles partagent leur savoir-faire, leurs expériences, voire leurs ressources. Nous les assistons du mieux que nous pouvons dans leurs démarches administratives pour pouvoir exporter ou dans leur stratégie de communication, par exemple. Entre le repérage d’une entreprise et l’importation effective, en passant par toutes les étapes intermédiaires il faut compter environ 6 à 9 mois de procédure.

Nous avons fait le choix de privilégier des entreprises à taille humaine qui vont dans la bonne direction, sur le plan social ou/et environnemental suivant leur secteur d'activité, de manière à inciter les autres à en faire autant. En effet, nous préférons donner un coup de pouce à de petites entreprises qui ont fait la preuve de leur dynamisme, plutôt que de porter à bout de bras des artisans en situation précaire. La reconnaissance internationale doit avant tout servir à ces acteurs à mieux pénétrer le marché national de manière à élever le niveau d'exigence des consommateurs nationaux, qui en retour feront le reste. A notre avis, c’est en ce sens qu'un commerce solidaire Nord/Sud peut favoriser le progrès social de manière durable, alors que le côté « aide aux plus démunis » est une bouffée d’oxygène, certes appréciable et tout à fait respectable, mais sans lendemain. Là encore, par expérience, nous pensons que ce que nous avons de mieux à faire c’est d'appuyer les acteurs colombiens de l’aide humanitaire, pas de faire leur travail à leur place.


Les limites de la transparence

Nos producteurs sont-ils des super-héros et tous les autres des escrocs ? Bien sûr que non ! Vu l'étendue du pays, il est bien évident qu'il y a quantité d'autres artisans tout aussi dignes de confiance que ceux que nous avons retenus. Ceux que nous avons retenus sont peut-être un peu plus engagés que les autres dans une recherche de qualité, qui bénéficie d'ailleurs à tous, même à ceux qui sont moins offensifs. Quant à leur fibre sociale, ce n'est pas tant un effet de mode ou de pure philanthropie qu'une évidente nécessité : on ne peut pas exiger la meilleure qualité si les conditions de travail ne sont pas plus avantageuses que chez le voisin, moins exigeant. C'est aussi simple que cela. En ce qui concerne leur engagement environnemental, il procède de la même démarche à laquelle cette fois s'ajoute effectivement un effet de mode qui pousse les producteurs à se distinguer par leurs efforts sur ce plan. Et puis la législation colombienne, très contraignante, ne laisse bien souvent guère le choix aux artisans, alors autant valoriser des efforts que de toute manière ils doivent faire !

Ceci étant il faut bien comprendre que ce que nous sommes en mesure de vérifier est strictement limité à l'activité des artisans. Lorsqu'ils sont aussi producteurs de leur matière première (par exemple, les totumos et l'agave) cela coïncide avec l'ensemble de la filière ce qui est tout à fait satisfaisant. Mais pour des objets contenant du métal par exemple, nous sommes dans la même position que le client final vis à vis de nous : il nous est totalement impossible de garantir que ce métal n'a pas été extrait d'une mine quelque part dans le monde par des enfants, par exemple. Sans parler de l'ensemble de la filière entre la mine et l'atelier de l'artisan. Alors, équitables nos objets contenant du métal ? Leur fabrication et leur commercialisation autant que possible, pour le reste il ne faut guère se faire d'illusions, que ce soit d'un point de vue social ou environnemental. Ni plus ni moins qu'en ce qui concerne l'ordinateur à partir duquel vous lisez ces lignes ou du café issu du commerce équitable que vous buvez peut-être et qui pour être torréfié et transporté a lui aussi eu besoin de métal. Le produit 100% équitable est un mythe. Bien sûr le cas du métal est radical, alors prenons le bois, c'est plus simple et remontons la filière jusqu'au bucheron, puis le transporteur, etc. En principe c'est tout à fait possible; difficile mais possible. Mais nous vous laissons imaginer le cout d'une telle étude et son impact sur le prix de vente d'objets que nous achetons plus du double du prix de vente d'objets de même taille en vente dans de grands magasins de décoration. Certes, autre origine, autre qualité, autre politique mais il y a aussi une limite à ce que le consommateur est prêt à payer pour plus de transparence et par voie de conséquence des limites à ce dont nous pouvons nous porter garant.


Les prix et les commandes

Sur le plan commercial, nous acceptons des prix sensiblement supérieurs à ceux du marché national à la hauteur des efforts effectivement constatés. Si nous ne négocions pas nos prix d'achat nous pensons toutefois que dans une relation équitable le respect doit être à double sens. Certaines entreprises un peu trop habituées au marché nord-américain se sont vues éliminées en raison des prix prohibitifs demandés.

On lit souvent dans les chartes de commerce équitable que le volume global des commandes ne doit pas entrainer de dépendance. Nous adhérons pleinement à cette règle et compte tenu de la notoriété de nos partenaires ce risque est écarté, mais nous allons plus loin. En effet, afin d’offrir des produits au meilleur prix nous aurions intérêt à passer de grosses commandes. Mais un effet pervers de cette démarche est d’obliger les producteurs à fonctionner en priorité avec des travailleurs intérimaires moins qualifiés et parfois sans protection sociale pour faire face à de brusques surcharges de travail. Or c’est précisément ce que nous voulons éviter. Aussi nous préférons passer des petites commandes mais régulières, de manière à stabiliser des emplois en bonne et due forme, même si cela se traduit par un cout final plus élevé et/ou des ruptures de stock régulières. Or cette pratique n’est possible que parce que nous avons une grande diversité de produits mais tous originaires du même pays. Vous trouverez donc un bon nombre de références dans notre boutique, mais sachez que beaucoup de produits ne sont disponibles qu'en quelques unités à la fois et que le temps d'approvisionnement va de deux semaines à plusieurs mois.

Le paiement s'effectue à la commande lorsque le délai de livraison est très court (typiquement les bijoux précolombiens) ou sinon 50% à la commande et le reste à la livraison au point d'embarquement. Ce n’est en aucun cas une faveur que nous faisons aux producteurs au nom du « commerce équitable », c’est tout simplement le mode de fonctionnement normal en Colombie.


Relations avec les communautés indigènes

Si nous nous faisons l’écho des luttes des différents peuples indigènes pour faire valoir leurs droits, de manière générale, nous ne souhaitons pas contribuer à ce que des peuples encore peu liés à nos sociétés de consommation s’y lient d’avantage ni apporter de l'eau au moulin à ceux qui ont tourné le dos à leur culture. Or, d'une génération à l'autre ce mouvement fait une progression inquiétante. L’artisanat indigène a encore une fonction sociale qui risque de disparaitre complètement en se mercantilisant. Or il ne faut pas se raconter d'histoires, ce n'est pas en devenant des artisans à temps plein que les communautés indigènes sauveront leur mode de vie, bien au contraire. Enfin à de rares exceptions près les objets fabriqués sont difficiles à accommoder au mode de vie occidental. Nous ferons peut-être quelques exceptions à l'avenir, à chaque fois pour des raisons particulières, mais à l'heure actuelle rien n'est moins sûr. 

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Nos partenaires en Colombie


Le point commun à tous les artisans retenus est leur passion pour leur art et une volonté de défendre un artisanat colombien authentique. Quant à leur statut cela va  de la PME moderne, parfaitement rompue au commerce international dans un contexte très concurrentiel, mais aussi à la pointe sur le plan social et environnemental, à la petite coopérative agricole située à une journée de transport du centre administratif le plus proche, en passant par des PME ou des micro-entreprises pour lesquelles l'engagement social ou/et environnemental au-delà du seuil légal est encore émergeant (contrairement aux grandes entreprises, le non-respect de ces conditions légales est pratiquement impossible pour une petite entreprise). Dans ce cas notre rôle n'est pas de leur imposer des efforts supplémentaires avec obligation de résultats à une échéance donnée mais de les accompagner dans leur réflexion en leur montrant par l'exemple les bienfaits potentiels de tels efforts. C'est une démarche à long terme qui repose sur la confiance et la patience.

Bijoux précolombiens

Cette PME forme et emploie de jeunes mères de famille célibataires en leur proposant des conditions de travail particulièrement adaptées à leur situation. D'ailleurs l'accompagnement social ne se limite pas au cadre strictement professionnel. Quant à l'impact environnemental, c'est l'une des quelques entreprises colombiennes à bénéficier d'un label du DAMA (l'antenne du Ministère de l'Environnement à Bogota) pour la qualité du recyclage de ses polluants. En confiance, commandes régulières.


Bijoux de Mompox

En partenariat avec le SENA (Système national d'apprentissage) de Cartagena et en association avec des orfèvres momposinos, notre partenaire forme des jeunes et des femmes déplacés par le conflit, pour préserver la mémoire de cet art pendant qu'il en est encore temps. Projet actuel: financer avec divers partenaires la construction d'une école de bijouterie, les locaux actuels devenant insuffisants pour cette fonction. En confiance, commandes régulières.


La Chamba

Le producteur que nous avons retenu est un des leaders du petit groupe d'une dizaine de producteurs (sur environ 400) militant en faveur de la qualité et de la préservation de l'authenticité des poteries de La Chamba en réponse au développement de pratiques industrielles  dont les produits s'accommodent très bien d'un label "commerce équitable" chez nous. Et la qualité ne se fait pas au détriment des conditions de travail, bien au contraire, c'est le seul à offrir une protection sociale à ceux qui travaillent sous son toit.  En toute confiance, la nouvelle collection présentée au printemps 2009 comporte des indications de qualité, authenticité et qualité, et ce pour la première fois en France. Cette filière sera soumise à la procédure SGAP de Minga avant fin 2009.


Poteries précolombiennes et décoratives

Sur le plan social ce partenaire est une PME tout à fait classique qui offre des conditions de travail correctes mais actuellement sans aucun engagement supplémentaire particulier si ce n'est la formation comme chez tous les autres artisans. Sa particularité est un travail de recherche original avec des archéologues pour retrouver les mélanges et les techniques des artisans précolombiens. Les conséquences d'un tel travail sont encore difficiles à évaluer mais elles vont bien au-delà du cadre strictement culturel. En effet, cela permet d'offrir une alternative au trafic de reliques; pour cela il faudra du temps pour convaincre les collectionneurs, les musées devant commencer par donner l'exemple. L'enjeu est de casser ce marché afin de dissuader tous les pilleurs de tombes qui sont prêts à tout pour trouver de nouveaux trésors aux dépens de leurs propriétaires légitimes, à savoir les peuples indigènes.
NB: les doutes que nous avions au sujet de certaines pratiques commerciales de ce partenaire se sont malheureusement confirmés et re-confirmés au fil des mois. Aussi fin 2008 nous avons pris la décision de mettre fin à nos relations. C'est dommage car la qualité des produits est reconnue et à juste titre, la démarche était intéressante mais malheureusement l'éthique n'est pas à la hauteur. 


Bois précieux

Il s'agit d'une micro-entreprise qui travaille dans le strict respect des normes d'hygiène et de sécurité particulièrement sensibles dans ce type de travaux. Le chef d'entreprise est également un enseignant professionnel reconnu et sensibilisé au problème de conservation des espèces. Projet actuel: avec un collègue, trouver d'autres partenaires pour créer un projet de reforestation, projet ambitieux s'il en est en Colombie mais qui peut rassembler des acteurs de divers horizons, y compris international. En confiance, quelques nouveaux articles pour les fêtes de 2009.


 Bois contemporain

Autre PME familiale. Dans ce cas, le bois utilisé n'est pas précieux et n'est pas concerné par la préservation de l'espèce. Ici aussi les conditions de travail respectent scrupuleusement les normes de sécurité aussi contraignantes qu'en France. Retenu pour son approche "design" de l'artisanat, une tendance qui est en plein essor en Colombie.
En confiance mais pas de nouveaux articles en 2009 et il paraît difficile d'aller plus loin avec ce partenaire trop ancré dans une logique commerciale classique.


Totumos

Cette micro-entreprise rurale s'appuie essentiellement sur sa propre production de totumos, exploités de manière non agressive. En cas de besoin elle peut compter sur une partie de la production de ses voisins et procure du travail à la communauté locale, surtout en période de pointe. Les teintures utilisées sont des produits naturels ce qui explique le choix limité en couleurs. Le printemps 2009 a vu l'arrivée de nouveaux produits pour répondre à la demande en vaisselle écologique. En confiance mais situation difficile et possibilités d'évolution limitées, donc avenir incertain.


Vannerie

La seule coopérative de notre liste de partenaires. Il s'agit d'une activité complémentaire pour cette communauté paysanne d'une trentaine de familles qui produit ses propres ressources en agave. Des graminées sont prélevées sur le paramo voisin avec l'accord de l'administration des parcs nationaux qui indique les zones autorisées. Tant que cette activité se maintient à son niveau traditionnel elle ne fait pas peser un pression insupportable sur ce milieu. C'est une communauté qui vit humblement, en paix mais relativement isolée. Elle n'a pas de projets particuliers, leurs besoins exprimés sont essentiellement des livres pour alimenter la bibliothèque destinée aux enfants. Cela peut permettre de créer une chaîne de solidarité  au sein de ce petit groupe d'artisans ainsi qu'un lien entre ville et campagne. Egalement en confiance en 2009 mais pas de nouveaux produits.


Vêtements traditionnels

Le milieu de la confection est terriblement concurrentiel et les conditions de travail de la haute-couture sont tristement célèbres. Agave, notre partenaire, est  constitué de deux designers
qui s’appuient sur la technique du métier à tisser vertical et travaillent avec des familles des quartiers pauvres dans des conditions qui n'ont rien à voir avec celles de la haute-couture, que ce soit en terme de salaire ou autre. Par contre les couturières qu'elles emploient travaillent là aussi à la tâche, mais en pratique c'est la seule organisation compatible avec ce type de travail à une échelle artisanale. En l'absence de garantie bio nous en resterons à nos articles encore en stock.


Vêtements contemporains

B-Clothing est ou plutôt était une micro société de jeunes artistes qui confient la confection à un groupe de couturières des quartiers pauvres, payées là aussi à la tâche mais à un salaire tout à fait honnête, bien au-dessus de ceux pratiqués dans ce milieu. Cette société a mis un terme à son activité.

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