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Nos idées, nos engagements
Sommaire
Pour
ou contre le « commerce
équitable » ?
Depuis
les temps héroïques du « Trade not
aid »,
le paysage de l'économie mondiale a subi de profondes
mutations, aussi des acteurs tel que Minga (www.minga.net)
travaillent à faire évoluer le concept de
« commerce
équitable » et sa mise en pratique, en
l'enrichissant de nouvelles dimensions. Les arguments en faveur du
commerce équitable ou tout au moins d'une certaine conception
du commerce équitable sont bien connus; il est vrai qu'on ne
lésine pas sur le budget de publicité, pardon
d'éducation, d'autant moins qu'il s'agit de fonds publics. Les
objections que l'on peut faire au commerce équitable sont
encore moins connues que les prises de position dérangeantes
de Minga ; on en trouvera 10 sur le site suivant à partir
d'exemple réels :
http://www.decroissance.org/index.php?chemin=textes/commerce_equitable
Plutôt
que de rallonger cette liste ou de la discuter, nous
préférons
vous raconter nous aussi une petite histoire transposée sous
d'autres cieux et qui résume à peu près les
dérives du commerce équitable que nous avons pu
constater en rapport avec la Colombie.
Jean,
Antoine et Hassan
Soit
donc un artisan ébéniste de Provence qui produit de
superbes objets en olivier, nous l'appellerons Jean. La matière
première est rare, le travail est irréprochable mais
long; conséquence, les prix de vente se situent dans la gamme
200-300€, donc réservés à une clientèle
aisée. Un autre ébéniste, moins talentueux,
disons Antoine, ne parvenant pas à vivre de son art
décide
d'aller s'installer au Maroc. Il y recrute une vingtaine d'artisans
en situation précaire, y trouve du bois d'olivier bon
marché
et des conditions avantageuses pour s'installer. Antoine n'a aucune
difficulté à obtenir l'étiquette
« commerce
équitable » pour sa nouvelle affaire – d'ailleurs
il met un point d'honneur à contribuer aux bonnes oeuvres
locales - et peut commercialiser sa production en France avec des
prix de revient de 70-100€, diffusée dans les
circuits garantis équitables. Bien sûr, ses produits
sont loin d'avoir la qualité de ceux de Jean, mais dans ces
pays pauvres vous savez bien qu'on ne peut pas demander l'impossible
à des gens qui pour la première fois de leur vie
mangent à leur faim grâce à votre
générosité.
Quant à Hassan, son voisin, un authentique
ébéniste
marocain qui fait vivre régulièrement une douzaine de
familles depuis une vingtaine d'années, lui ne
bénéficie
bien évidemment d'aucun avantage particulier. Ses produits
n'ont rien à voir avec ceux de Jean mais ils n'en sont pas
moins le reflet d'un savoir-faire ancestral pleinement maitrisé.
D'après Hassan ses prix de revient se situent dans la gamme
100-150€. Petit entrepreneur marocain de son état, il est
comme vous vous en doutez un sinistre exploiteur – il est bien
connu que ces gens là n'ont aucun sens de l'équité
– par conséquent ses produits n'ont rien à faire dans
une boutique de « commerce équitable »,
il doit se contenter des circuits conventionnels. Heureusement, Jean
et Hassan ont chacun leur clientèle de connaisseurs, pour qui
la valeur d'un objet ne se limite pas à son prix ou à une étiquette. Mais combien
de temps tiendront-ils face à la concurrence d'Antoine ?
Parviendront-ils à sauvegarder leurs savoirs-faire respectifs
? Rien n'est moins sûr. Quoique, les temps changent...
Chacun
est libre d'interpréter cette fable comme il l'entend, Antoine
est soit le méchant soit le héros de l'histoire, c'est
une question de point de vue; après tout il contribue
effectivement à faire vivre plus de familles qu'Hassan et Jean
réunis. En ce qui nous concerne, si Antoine produisait des
objets authentiques au même prix ou même un peu plus
chers que ceux de Hassan, en donnant des garanties sur l'origine de
son bois, en prenant une marge inférieure de manière
à
financer un accompagnement social de ses travailleurs, etc. nous
serions mieux disposés à son égard. Mais dans
l'état actuel Antoine incarne parfaitement cette nouvelle race
de missionnaires dont les dégâts (la liste est trop
longue pour la détailler ici) n'ont rien à envier
à
ceux de ses sinistres prédécesseurs.
Débat
et transparence
Poursuivons
en reprenant ici la partie la plus importante du document
mentionné
ci-dessus, son introduction : « Les arguments en faveur
du "commerce équitable" ont été
largement développés. Notre propos n'est donc pas ici
de les rappeler mais, de développer un contre argumentaire
à
ce commerce dit "équitable ". La capacité à
accepter la critique, à recevoir la contradiction, à
engager un débat, sont le gage d'une démarche
évolutive. ». Sur ce principe au moins, nous
sommes tout à fait d'accord, le reste demande justement à
être débattu. Mais peut-on débattre de ce qui
nous fait vivre ? Apparemment non, puisque tout le dispositif mis en
place par les ayatollahs du commerce équitable vise justement
à éviter toute note discordante. Donc le vrai
débat
est confisqué. Or comme toute pratique humaine, même
animé des meilleures intentions, le commerce équitable
connait des dérives, tant dans les pays consommateurs mais que
dans les pays producteurs. C'est parfaitement regrettable mais
hélas
inévitable, c'est bien pour cela que le débat est
absolument nécessaire.
Par
honnêteté la première chose à faire est de
reconnaitre que le commerce équitable n'est qu'un idéal
qui comme tout idéal est impossible à atteindre. Et au
nom de la réduction de certaines inégalités,
attitude parfaitement légitime, il faut d'abord ne pas en
créer de nouvelles, ce qui est plus facile à dire
qu'à
faire. Ensuite libre à chacun de porter à la
connaissance de ses clients les démarches qu'il fait dans ce
sens mais en définitive c'est au consommateur qu'il appartient
de décider ce qui est ou non équitable de son point de
vue et pas à une quelconque structure d'en décider pour
lui.
Le
gros problème du consommateur qui veut acheter
« équitable »
est qu'en pratique il n'a aucun moyen 100% fiable de vérifier les
informations transmises par le distributeur à propos de
situations à l'autre bout du monde. Bien que ce ne soit pas une
consolation, sachez également
que les producteurs et les institutions chargées de les
accompagner n'ont pas la moindre idée de ce qui se vend en
leur nom à l'étranger !
Quelles
informations fournir ? La transparence financière sur
l'ensemble d'une filière, chère à Minga, est
effectivement un élément important. Contrairement à une association, une
entreprise doit rendre publique ses comptes en fin d'exercice annuel;
c'est déjà un premier pas en ce qui concerne les
conditions de commercialisation en Fance. Il reste à les
rendre intelligibles au grand public. Concernant les pays producteur,
cette transparence est encore plus difficile à obtenir et ne peut pas se réduire aux chiffres; pire
encore, interprétés avec les critères de notre
culture, les chiffres bruts peuvent produire une vision
complètement
erronée de la réalité, dans un sens comme dans
l'autre. Aussi toute analyse quantitative doit s'accompagner de
références culturelles
appropriées. Car sans connaissance intime de la culture du pays
producteur, comment évaluer ce qui est juste ou non ? Comment
évaluer l'impact écologique sur les ressources
naturelles sans le concours de professionnels reconnus du pays
concerné ? Comment avoir la certitude de l'authenticité
des produits lorsqu'on ne traite pas directement avec les producteurs ?
Comment ne pas favoriser une concurrence déloyale ? Une telle
évaluation peut demander beaucoup de ressources dans le pays
producteur.
Tout
acte de commerce a un impact social et environnemental. La
complexité
des conséquences dépend beaucoup du type de marchandise
et de leur origine. Concernant les produits manufacturés tels
que ceux que nous vous proposons, la problématique est en
effet complètement différente de celle des produits
agricoles comme le café ou le coton et ce à plus d'un
titre. Aussi nous avons préféré
expérimenter notre propre démarche et vous l’expliquer en
détail.
Mais
avant cela voyons un peu ce qu'il en est du développement
durable et des produits bio comparé au commerce
équitable.
On a en effet tendance à présenter
ces trois notions comme un trio d’inséparables. Effectivement
elles
relèvent toutes d'un désir légitime
d'une autre société. Mais étant des produits de
la même société, aucune n'est plus à
l'abri des contradictions et dérives en tous genres que
l'autre, d'où la nécessité de maintenir le
débat
ouvert au lieu de se barricader derrière une série de
dogmes bien pratiques, et de faire preuve d'une grande vigilance.
Sommaire
Quid
du « développement
durable » et du « bio » ?
Utilisation
des ressources naturelles
D'un
point de vue développement durable, les principaux articles
concernés parmi ceux que nous vous proposons sont les objets en
bois et ceux à base de
fruits ou fibres naturelles. Tous les articles en bois
bénéficient
d’une autorisation d'exportation en bonne et due forme des
autorités colombiennes concernées. Plusieurs essences
de bois qui ont été surexploitées sont pour le
moment interdites à l’exportation. (diomate, nazareno,
etc.). On ne peut que se féliciter de ces restrictions mais il
ne faut pas se faire trop d’illusions. Ce sauf-conduit signifie
simplement que l’espèce n’est pas (encore) menacée
d'extinction à l'échelle nationale, mais l’exploitation forestière en Colombie est
de l’aveu même des instances officielles largement sauvage et
dans le meilleur des cas ce bois provient de plantations à
l’emplacement d’une forêt primaire détruite depuis
plus ou moins longtemps (sur un autre continent, la Tasmanie, par
exemple, est tristement célèbre pour son bois
certifié
issu de forêts durables, plantées sur les cendres encore
fumantes d’une forêt primaire exceptionnelle !). De plus,
l'origine réelle du bois et d'autres ressources naturelles qui font l'objet d'une
exploitation intensive comme la tagüa ou ivoire
végétal
(fruit d'un palmier), est bien difficile à vérifier. Plus
le volume
traité est important plus le risque qu'une partie de la
matière
première provienne d'une exploitation illicite est
important. Le fait
que le producteur soit en possession de toutes les
autorisations nécessaires est incontournable mais n'est jamais
une
garantie à toute épreuve sur l'origine du produit. En fait concernant la tagüa il semble que nous ayons surévalué ce risque, mea culpa : en effet ce palmier est devenu tellement rare à l'état naturel, comprenez par là que le mal est déjà fait, donc effectivement il n'y a plus beaucoup de risque... Une
fibre issue d’un
autre palmier, le werregue, sert de
support à une vannerie réputée utilisant des
coloris naturels eux aussi issus de la forêt. Mais là
aussi
l’exploitation de cette ressource pose problème même
si c’est dans ce cas c’est à plus petite échelle.
S’agissant d’un artisanat traditionnel de communautés
indigènes et afro-colombiennes encore peu voire pas
diffusé
à l’étranger, nous aimerions vous proposer quelques
articles de cette vannerie, mais en l'état actuel des choses
il nous parait urgent d'attendre que le contrôle mis en place
par Artesanias de Colombia fasse ses preuves (des solutions
d'exploitation durable existent effectivement). En fait le cas du
werregue est d'autant plus affligeant que l'actuelle dilapidation de
cette ressource est le fait de communautés indigènes
qui ont perdu leurs racines. Ce cas n'est malheureusement pas
isolé,
ce qui ne fait que confirmer, si besoin était, qu'on ne peut
pas dissocier nature et culture, social et environnemental.
Les
relations ONGs - multinationales
Vu
d’un pays occidental, on s’imagine que de telles restrictions ne
peuvent être imposées que par un pays «
développé
», ou par exemple par une ONG comme « Rainforest Alliance
» qui propose un code de bonne conduite très
impressionnant pour donner sa bénédiction aux
entreprises qui veulent se refaire une virginité
écologique,
comme par exemple Chiquita et ses célèbres bananes.
Seulement voilà, perpétuant une longue tradition des
compagnies bananières, l’implication de Chiquita dans le
financement des groupes paramilitaires a récemment
été
clairement démontré mais l'entreprise n'a finalement
été condamnée qu'à payer une amende
symbolique sans qu’aucun responsable américain ne soit
inquiété.
-
www.rainforest-alliance.org/programs/agriculture/certification/faq_french.html
-
www.prnewswire.co.uk/cgi/news/release?id=156290
-
www.i-dem.org/rd/2007/marzo/220307-1168.htm
Passons
pour Chiquita, nous dirons que c'est le poids de l'histoire... Mais
alors que dire de Nestlé qui se retrouve poursuivi pour les
mêmes raisons ? Encore le poids de l'histoire ? Il est vrai que
c'est une autre multinationale au passé chargé...
Tiens, mais au fait certains de ses produits ne
seraient-ils pas quant à eux labélisés
«équitables» par un certain Max
Havelaar ? Et rien de s'oppose au fait qu'ils bénéficient
aussi de la norme «bio», ainsi va notre
société de consommation qui n'en est pas à une
contradiction près.
- http://www.sinaltrainal.org/index.php?option=com_content&task=view&id=189&Itemid=1
- http://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/JACQUIAU/15101
Et
le « bio » ?
Est-ce
que le « bio » échappe aux contradictions
du commerce équitable ou du
développement durable ? Une telle exception tiendrait du miracle
! De
même que pour le commerce équitable nous n'allons pas
reprendre tous
les arguments en faveur des produits "bio", ils sont encore mieux
connus du grand public. Mais là encore on peut émettre
des réserves,
voire des objections à certaines pratiques qui sont apparues avec
le temps, comme pour le commerce équitable. Ce n'est pas par
hasard si
les revues spécialisées se font l'écho de
débats similaires dans leurs
récentes éditions. Cet exemple
montre bien
les risques qu'il y a à réduire le "bio" à un
simple contenu chimique
(est-ce bon pour ma santé ?) sans se poser davantage de
questions sur
l'impact social et environnemental des produits ainsi certifiés,
et ce
à l'échelle mondiale et non pas seulement locale (voir le
cas des
bananes Chiquita). Comme le
dit si bien un agroécologiste bien connu on peut faire du bio et
exploiter son
voisin, ce n'est pas du tout incompatible. Nous ajouterons que l'on
peut faire du bio et détruire l'environnement, ça aussi
c'est tout à fait possible. Ce qui bien sûr ne
remet nullement en cause l'intérêt des produits bio.
Vigilance
L’aspect
strictement « bio » est finalement relativement
simple à vérifier car uniquement technique et en
pratique il peut être complètement
déconnecté
des aspects écologique et social. L’aspect équitable
est avant tout humain et de ce fait exige une solide
référence
à la culture locale des échanges économiques. Finalement si ces deux aspects sont des
avancées indiscutables et indispensables ils sont largement
insuffisants pour faire face aux enjeux environnementaux et sociaux
de notre époque. Hélas, l’impact écologique
est de loin la notion la plus complexe à analyser. Seul des
organismes spécialisés comme l’Institut Humboldt en
Colombie ont
les capacités à mettre en place des études de
terrain dignes de ce nom sur l’impact de l’utilisation des
ressources naturelles ; il reste ensuite à apprécier
l’indépendance du dit organisme, ce qui n’est pas une
mince affaire… Quant au bilan écologique d'une filière
donnée, ce n'est pas et ce ne sera jamais un science exacte. Si le « commerce
équitable »
est un idéal lointain, que dire du
« développement
durable » ? L'expression elle-même en dit long sur
ce que l'on entend justifier en son nom.
Comme
on le voit, aucune norme, charte ou label ne peut garantir au
consommateur que les produits présentés comme
étant
bio, équitables ou écologiquement corrects soient
conformes à sa propre éthique. Une règle simple : soyez d'autant plus vigilants que les produits affichent de labels différents ! A chacun de s'informer
et d'exiger le maximum d'informations dont il souhaite avoir
connaissance avant de passer à l'acte, tout en sachant que bien
souvent ces informations sont pratiquement impossibles à
vérifier. Nous travaillons actuellement avec nos partenaires en
Colombie à faire en sorte qu'au moins une partie des
informations dont
nous disposons soient accessibles à tous directement à
leur source via
internet. Ce sera bientôt possible pour certains produits tandis
que
pour d'autres cela prendra beaucoup plus de temps.
Sommaire
Notre
approche des critères sociaux et environnementaux
La
particularité d'Avenue Colombie est de s’appuyer avant tout
sur une longue expérience professionnelle (PME) et associative
en Colombie (mise en place de programmes de développement dans
un quartier pauvre de Bogota), ce qui nous donne une autre approche
des réalités concrètes auxquelles doivent faire
face tant les travailleurs que les petits employeurs dans un pays au
développement très hétérogène et
où sévit un conflit interne depuis plus de 40 ans.
En
particulier, nous connaissons bien ce qui est légal ou non en
matière de droit du travail, obligatoire ou facultatif en
matière de protection sociale ainsi que les diverses options
possibles de manière à ce que tout le monde puisse s'en
sortir, sachant qu’en Colombie comme en Europe la législation
évolue constamment (idem pour les moyens de la contourner).
L'évaluation de l'engagement social d'une entreprise ne se
fait pas en fonction d'une charte qui serait meilleure que celles des
autres mais se fait au cas par cas, en tenant compte des
spécificités
de son secteur d'activité et/ou géographique.
Concrètement cela veut dire, par exemple, que compte-tenu des
différences culturelles, il n’est pas question d'exiger
d'une entreprise de la région Caraïbe les mêmes
efforts que d'une entreprise équivalente de Bogota. Cela
reviendrait à compromettre gravement les chances de survie de
cette entreprise qui doit composer avec des particularismes
régionaux
très forts et une situation politique très pesante qui
ne lui permettent pas d'être aussi compétitive que son
homologue de la capitale. Inversement, une entreprise de Bogota
satisfaisant pleinement les critères classiques du commerce
équitable peut fort bien se voir refuser notre partenariat si
nous estimons qu’elle est en-deçà de ce qu’elle
pourrait effectivement faire, au vu de sa situation
privilégiée.
Et ces nuances là sont impossibles à exprimer dans
quelque charte que ce soit.
En
théorie notre démarche est applicable à
n’importe quel pays, mais il faut bien comprendre que sa mise en
œuvre exige une connaissance intime du fonctionnement de la
société,
du monde du travail et de ses institutions, de la situation nationale
et locale, ce qui ne peut être obtenu que par une longue
immersion en situation réelle et pas seulement par des voyages
d’étude occasionnels. S’agissant d’un pays qui vit une
situation aussi absurde que la Colombie, apprécier ce qui est
juste ou non dans un contexte donné requiert également
le concours de sources d’informations diversifiées, or c’est
un processus long et délicat. En ce qui nous concerne, notre
domaine de compétence est strictement limité à
la Colombie, et encore, notre réseau ne nous permet pas de
couvrir l’ensemble du pays de manière satisfaisante.
Sur
le plan environnemental nous faisons de notre mieux pour soutenir
des solutions qui nous semblent acceptables mais la certitude n’est
pas notre plat quotidien. Enfin, à partir du moment où
nous acceptons d’importer des produits d'un autre continent il faut
aussi modérer nos ardeurs de donneurs de leçons (idem
pour le tourisme vert que nous soutenons mais qui ne peut se passer
du transport aérien). Nous accordons beaucoup d'importance aux
ressources naturelles utilisées par les artisans. A tort ou à raison, nous avons
renoncé à l'importation de certaines d'entre elles
compte-tenu de leur traçabilité limitée et de
l'étendue du marché
(notamment la tagüa). Parmi les matières naturelles que
vous trouverez
ici, seuls les bois
précieux sont des produits hautement sensibles, en particulier
l'un
d'entre eux, le
Carreto, localement en danger. Si là aussi la
traçabilité ne peut pas
être améliorée, par sécurité nous y
renoncerons également à l'avenir.
Les
préoccupations environnementales sont encore très
récentes dans le milieu des entreprises colombiennes et
là
encore il s'agit d'impulser ou simplement d'accompagner un mouvement
et non pas d'imposer des standards que trop peu pourraient suivre
sans que cela soit apprécié à sa juste valeur
à
l'échelon national. Or, sans cela c’est peine perdue. Il est
clair qu’au niveau du retraitement des déchets ou de
l’emploi de produits de substitution ou même des matières
premières (coton bio par exemple) il y a matière à
progresser ; mais le train est en marche, notre producteur de bijoux
précolombien en est un exemple remarquable. Il y a surtout de
grosses disparités, comme sur le plan social, entre les
producteurs qui ont les moyens de faire des efforts et en
récoltent
déjà les plus-values, et ceux qui doivent se battre
pour préserver les quelques emplois qu’ils ont réussi
à créer.
Sommaire
Nos
pratiques commerciales
Le
choix des producteurs
Concrètement,
pour la plupart des produits que nous vous proposons nous avons
d’abord recherché qui se faisait de mieux de manière
à avoir une sorte d’étalon de qualité ; par
exemple, être retenu par Artesanias de Colombia,
institution publique, est un critère de qualité
reconnu (enfin, vu l'évolution de plus en plus ultra-libérale de cet organisme nous devons moduler ce discours, mais cela reste un élément d'appréciation). Nous sommes également partis de nos contacts pris
à
l’occasion de la grande foire annuelle de l’artisanat à
Bogota (la plus grande d’Amérique du Sud) où les
exposants sont sélectionnés par Expoartesanias ;
tous ces artisans ont à
un moment donné de leur parcours été formés
par Artesanias de Colombia
(à une autre époque) afin d'optimiser la qualité de leurs produits. Ensuite
nous procédons par éliminations successives, d'abord
par entretien informel puis par visite, en fonction de la
démarche
sociale / environnementale, et disons le, de nos affinités.
La
Colombie possède une législation du travail tout à
fait comparable à celle de la France, le problème n’est
pas la loi mais son application stricte. Cette situation n’est
d’ailleurs pas sans rappeler celle de la France de
l’après-guerre.
Ce fut une agréable surprise de voir combien d'entreprises
sont déjà engagées sur la bonne voie, sans faire
mystère de leurs difficultés à concilier
équité
et qualité. Aussi nous mettons ces entreprises en relation les
unes avec les autres de manière à ce qu'elles partagent
leur savoir-faire, leurs expériences, voire leurs ressources.
Nous les assistons du mieux que nous pouvons dans leurs
démarches
administratives pour pouvoir exporter ou dans leur stratégie
de communication, par exemple. Entre le repérage d’une
entreprise et l’importation effective, en passant par toutes les
étapes intermédiaires il faut compter environ 6 à
9 mois de procédure.
Nous
avons fait le choix de privilégier des entreprises à
taille humaine qui vont dans la bonne direction, sur le plan social
ou/et environnemental suivant leur secteur d'activité, de
manière à inciter les autres à en faire autant.
En effet, nous préférons donner un coup de pouce à
de petites entreprises qui ont fait la preuve de leur dynamisme,
plutôt que de porter à bout de bras des artisans en
situation précaire. La reconnaissance internationale doit
avant tout servir à ces acteurs à mieux
pénétrer
le marché national de manière à élever le
niveau d'exigence des consommateurs nationaux, qui en retour feront
le reste. A notre avis, c’est en ce sens qu'un commerce solidaire
Nord/Sud peut favoriser le progrès social de manière
durable, alors que le côté « aide aux plus
démunis
» est une bouffée d’oxygène, certes
appréciable
et tout à fait respectable, mais sans lendemain. Là
encore, par expérience, nous pensons que ce que nous avons de
mieux à faire c’est d'appuyer les acteurs colombiens de
l’aide humanitaire, pas de faire leur travail à leur place.
Les limites de la transparence
Nos
producteurs sont-ils des super-héros et tous les autres des
escrocs ? Bien sûr que non ! Vu l'étendue du pays, il
est bien évident qu'il y a quantité d'autres artisans
tout aussi dignes de confiance que ceux que nous avons retenus. Ceux
que nous avons retenus sont peut-être un peu plus engagés
que les autres dans une recherche de qualité, qui
bénéficie
d'ailleurs à tous, même à ceux qui sont moins
offensifs. Quant à leur fibre sociale, ce n'est pas tant un
effet de mode ou de pure philanthropie qu'une évidente
nécessité : on ne peut pas exiger la meilleure
qualité
si les conditions de travail ne sont pas plus avantageuses que chez le
voisin, moins exigeant. C'est aussi simple que cela. En ce qui
concerne leur engagement environnemental, il procède de la
même démarche à laquelle cette fois s'ajoute
effectivement un effet de mode qui pousse les producteurs à se
distinguer par leurs efforts sur ce plan. Et puis la législation
colombienne, très contraignante, ne laisse bien souvent
guère
le choix aux artisans, alors autant valoriser des efforts que de
toute manière ils doivent faire !
Ceci
étant il faut bien comprendre que ce que nous sommes en mesure
de vérifier est strictement limité à
l'activité
des artisans. Lorsqu'ils sont aussi producteurs de leur matière
première (par exemple, les totumos et l'agave) cela
coïncide
avec l'ensemble de la filière ce qui est tout à fait
satisfaisant. Mais pour des objets contenant du métal par
exemple, nous sommes dans la même position que le client final
vis à vis de nous : il nous est totalement impossible de
garantir que ce métal n'a pas été extrait d'une
mine quelque part dans le monde par des enfants, par exemple. Sans
parler de l'ensemble de la filière entre la mine et l'atelier
de l'artisan. Alors, équitables nos objets contenant du
métal
? Leur fabrication et leur commercialisation autant que possible, pour le reste il ne
faut guère se faire d'illusions, que ce soit d'un point de vue
social ou environnemental. Ni plus ni moins qu'en ce qui concerne
l'ordinateur à partir duquel vous lisez ces lignes ou du
café
issu du commerce équitable que vous buvez peut-être et
qui pour être torréfié et transporté a lui aussi eu besoin de métal. Le produit 100% équitable est un
mythe. Bien sûr le cas du métal est radical, alors
prenons le bois, c'est plus simple et remontons la filière
jusqu'au bucheron, puis le transporteur, etc. En principe c'est tout
à fait possible; difficile mais possible. Mais nous vous
laissons imaginer le cout d'une telle étude et son impact sur
le prix de vente d'objets que nous achetons plus du double du prix de
vente d'objets de même taille en vente dans de grands magasins de décoration. Certes,
autre origine, autre qualité, autre politique mais il y a
aussi une limite à ce que le consommateur est prêt
à
payer pour plus de transparence et par voie de conséquence des
limites à ce dont nous pouvons nous porter garant.
Les
prix et les commandes
Sur
le plan commercial, nous acceptons des prix sensiblement
supérieurs
à ceux du marché national à la hauteur des
efforts effectivement constatés. Si nous ne négocions
pas nos prix d'achat nous pensons toutefois que dans une relation
équitable le respect doit être à double sens.
Certaines entreprises un peu trop habituées au marché
nord-américain se sont vues éliminées en raison
des prix prohibitifs demandés.
On
lit souvent dans les chartes de commerce équitable que le
volume global des commandes ne doit pas entrainer de dépendance.
Nous adhérons pleinement à cette règle et compte
tenu de la notoriété de nos partenaires ce risque est
écarté, mais nous allons plus loin. En effet, afin
d’offrir des produits au meilleur prix nous aurions
intérêt
à passer de grosses commandes. Mais un effet pervers de cette
démarche est d’obliger les producteurs à fonctionner
en priorité avec des travailleurs intérimaires moins
qualifiés et parfois sans protection sociale pour faire face
à
de brusques surcharges de travail. Or c’est précisément
ce que nous voulons éviter. Aussi nous préférons
passer des petites commandes mais régulières, de
manière à stabiliser des emplois en bonne et due forme,
même si cela se traduit par un cout final plus
élevé
et/ou des ruptures de stock régulières. Or cette
pratique n’est possible que parce que nous avons une grande
diversité de produits mais tous originaires du même
pays. Vous trouverez donc un bon nombre de références
dans notre boutique, mais sachez que beaucoup de produits ne sont
disponibles qu'en quelques unités à la fois et que le
temps d'approvisionnement va de deux semaines à plusieurs mois.
Le
paiement s'effectue à la commande lorsque le délai de
livraison est très court (typiquement les bijoux
précolombiens) ou sinon 50% à la commande et le reste
à
la livraison au point d'embarquement. Ce n’est en aucun cas une
faveur que nous faisons aux producteurs au nom du « commerce
équitable », c’est tout simplement le mode de
fonctionnement normal en Colombie.
Relations
avec les communautés indigènes
Si
nous nous faisons l’écho des luttes des différents
peuples indigènes pour faire valoir leurs droits, de
manière
générale, nous ne souhaitons pas contribuer à ce
que des peuples encore peu liés à nos
sociétés
de consommation s’y lient d’avantage ni apporter de l'eau au
moulin à ceux qui ont tourné le dos à leur
culture. Or, d'une génération à l'autre ce
mouvement fait une progression inquiétante. L’artisanat
indigène a encore une fonction sociale qui risque de
disparaitre complètement en se mercantilisant. Or il ne faut
pas se raconter d'histoires, ce n'est pas en devenant des artisans
à
temps plein que les communautés indigènes sauveront
leur mode de vie, bien au contraire. Enfin à de rares
exceptions près les objets fabriqués sont difficiles
à
accommoder au mode de vie occidental. Nous ferons peut-être quelques
exceptions à l'avenir, à chaque fois pour des raisons particulières, mais à l'heure actuelle rien n'est moins sûr.
Sommaire
Nos partenaires en Colombie
Le
point commun à tous les artisans retenus est leur passion pour
leur art
et une volonté de défendre un artisanat colombien
authentique. Quant à
leur statut cela va de la PME moderne, parfaitement rompue au
commerce
international dans un contexte très concurrentiel, mais aussi
à la
pointe sur le plan social et environnemental, à la petite
coopérative
agricole située à une journée de transport du
centre administratif le
plus proche, en passant par des PME ou des micro-entreprises pour
lesquelles l'engagement social ou/et environnemental au-delà du
seuil
légal est encore émergeant (contrairement aux grandes
entreprises, le non-respect de ces conditions
légales est pratiquement impossible pour une petite entreprise). Dans ce cas notre rôle n'est pas de leur
imposer des
efforts supplémentaires avec obligation de résultats
à une échéance
donnée mais de les accompagner dans leur réflexion en
leur
montrant par
l'exemple les bienfaits potentiels de tels efforts. C'est une
démarche à
long terme qui
repose sur la confiance et la patience.
Bijoux
précolombiens
Cette PME forme et emploie de jeunes mères de famille
célibataires en leur proposant des conditions de travail
particulièrement adaptées à leur situation.
D'ailleurs l'accompagnement social ne se limite pas au cadre
strictement professionnel. Quant à l'impact environnemental,
c'est l'une des quelques entreprises
colombiennes à bénéficier d'un label du DAMA
(l'antenne du Ministère de l'Environnement à Bogota)
pour la qualité du recyclage de ses polluants. En confiance, commandes régulières.
Bijoux
de Mompox
En
partenariat avec le SENA (Système national
d'apprentissage) de Cartagena et en association avec des
orfèvres
momposinos, notre partenaire forme des jeunes et des femmes
déplacés
par le conflit, pour préserver la mémoire de cet art
pendant qu'il en est encore temps. Projet actuel: financer avec divers
partenaires la construction d'une école de bijouterie, les
locaux
actuels devenant insuffisants pour cette fonction. En confiance, commandes régulières.
La Chamba
Le
producteur que nous avons
retenu est un des leaders du petit groupe d'une dizaine de producteurs (sur
environ 400) militant en faveur
de la qualité et de la préservation de
l'authenticité des poteries de
La Chamba en réponse au développement de pratiques industrielles dont les produits s'accommodent très bien d'un label
"commerce équitable" chez nous. Et la
qualité ne se fait pas au détriment des conditions de
travail, bien au contraire, c'est le seul à offrir une protection sociale à ceux qui travaillent sous son toit. En toute confiance, la nouvelle collection présentée au printemps 2009 comporte des indications de qualité, authenticité et qualité, et ce pour la première fois en France. Cette filière sera soumise à la procédure SGAP de Minga avant fin 2009.
Poteries
précolombiennes et décoratives
Sur
le plan social ce partenaire est une PME tout à fait classique
qui
offre des conditions de travail correctes mais actuellement sans aucun
engagement supplémentaire particulier si ce n'est la formation
comme
chez tous les autres artisans. Sa particularité est un travail de
recherche original avec des archéologues pour retrouver les
mélanges et
les techniques des artisans précolombiens. Les conséquences d'un tel travail sont encore difficiles à évaluer mais elles vont bien au-delà du cadre strictement culturel. En effet, cela permet d'offrir une alternative au trafic de reliques; pour cela il faudra du temps pour convaincre les collectionneurs, les musées devant commencer par donner l'exemple. L'enjeu est de casser ce marché afin de dissuader tous les pilleurs de tombes qui sont prêts à tout pour trouver de nouveaux trésors aux dépens de leurs propriétaires légitimes, à savoir les peuples indigènes. NB: les doutes que nous avions au sujet de certaines pratiques commerciales de ce partenaire se sont malheureusement confirmés et re-confirmés au fil des mois. Aussi fin 2008 nous avons pris la décision de mettre fin à nos relations. C'est dommage car la qualité des produits est reconnue et à juste titre, la démarche était intéressante mais malheureusement l'éthique n'est pas à la hauteur.
Bois
précieux
Il
s'agit d'une micro-entreprise qui travaille dans le strict
respect des normes d'hygiène et de sécurité
particulièrement sensibles
dans ce type de travaux. Le chef d'entreprise est également un
enseignant professionnel reconnu et sensibilisé au
problème de conservation des espèces. Projet actuel: avec
un
collègue,
trouver d'autres partenaires pour créer un projet de
reforestation,
projet ambitieux s'il en est en Colombie mais qui peut rassembler des
acteurs de divers horizons, y compris international. En confiance, quelques nouveaux articles pour les fêtes de 2009.
Bois
contemporain
Autre PME familiale. Dans ce cas, le bois utilisé
n'est
pas précieux et n'est pas concerné par la
préservation de l'espèce. Ici
aussi les conditions de travail respectent scrupuleusement les normes
de sécurité aussi contraignantes qu'en France. Retenu
pour son approche
"design" de l'artisanat, une tendance qui est en plein essor en Colombie. En confiance mais pas de nouveaux articles en 2009 et il paraît difficile d'aller plus loin avec ce partenaire trop ancré dans une logique commerciale classique.
Totumos
Cette
micro-entreprise rurale s'appuie essentiellement sur sa propre
production de totumos, exploités de manière non
agressive. En cas de
besoin elle peut compter sur une partie de la production de ses voisins
et
procure du travail à la communauté locale, surtout en
période de
pointe. Les teintures utilisées sont des produits naturels ce
qui
explique le choix limité en couleurs. Le printemps 2009 a vu l'arrivée de nouveaux produits pour répondre à la demande en vaisselle écologique. En confiance mais situation difficile et possibilités d'évolution limitées, donc avenir incertain.
Vannerie
La
seule coopérative de notre liste de partenaires. Il s'agit d'une
activité complémentaire pour cette communauté
paysanne d'une trentaine
de familles qui produit ses propres ressources en agave. Des
graminées
sont prélevées sur le paramo voisin avec l'accord de
l'administration
des parcs nationaux qui indique les zones autorisées. Tant que
cette
activité se maintient à son niveau traditionnel elle ne
fait pas peser
un pression insupportable sur ce milieu. C'est une communauté
qui vit
humblement, en paix mais relativement isolée. Elle n'a pas de
projets
particuliers, leurs besoins exprimés sont essentiellement des
livres
pour alimenter la bibliothèque destinée aux enfants. Cela
peut
permettre de créer une chaîne de solidarité
au sein de ce petit groupe
d'artisans ainsi qu'un lien entre ville et campagne. Egalement en confiance en 2009 mais pas de nouveaux produits.
Vêtements
traditionnels
Le
milieu de la confection est terriblement concurrentiel et les
conditions de travail de la haute-couture sont tristement
célèbres.
Agave, notre partenaire, est constitué de deux designers qui
s’appuient sur la technique du métier à tisser
vertical et travaillent avec des familles des quartiers pauvres dans
des conditions qui n'ont rien à voir avec celles de la
haute-couture,
que ce soit en terme de salaire ou autre. Par contre les
couturières
qu'elles emploient travaillent là aussi à la tâche,
mais en pratique
c'est la seule organisation compatible avec ce type de travail à
une
échelle artisanale. En l'absence de garantie bio nous en resterons à nos articles encore en stock.
Vêtements
contemporains
B-Clothing
est ou plutôt était une micro société de jeunes artistes qui confient la
confection à
un groupe de couturières des quartiers pauvres, payées
là aussi à la
tâche mais à un salaire tout à fait honnête,
bien au-dessus de ceux
pratiqués dans ce milieu. Cette société a mis un terme à son activité.
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