la coca

Petite histoire de la coca
La coca et sa valorisation

L’affaire Coca-Sek et Coca-Cola

Les fumigations et le Plan Colombie

Cueillette de la cocaCueillette de la coca

Cueillette de la coca (photo Nash Esh’s)

Petite histoire de la coca

L’histoire de la feuille de Coca se perd dans les mythes des communautés indigènes des Andes et d’Amazonie, son usage daterait de plus de 10000 ans. C’est une plante endémique du sud de l’Amérique, son nom scientifique est Erythroxylon (qui signifie « bois rouge »), elle pousse entre 700 et 1700 m d’altitude, sa taille est d’environ 5 à 6 m de haut lorsqu’elle est sauvage mais elle se réduit à une hauteur comprise entre 50 cm et 2,5 m quand on la cultive et ce pour faciliter la cueillette. Il existe plus de 200 variétés de cocaïers en Amérique du sud dont deux espèces ont des feuilles particulièrement riches en alcaloïdes. Actuellement, les pays producteurs sont le Pérou, la Colombie et la Bolivie. Elle est utilisée spécialement par les peuples natifs qui vont des Mapuches du Chili aux Wiwas dans la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie. Le «mambeo» de coca (action de mâcher les feuilles) avait et a encore une connotation spirituelle en plus d’être employé contre la fatigue des grandes marches et l’épuisement du travail.

Les conquérants espagnols en avaient bien compris l’emploi et ils s’approprièrent son commerce en l’utilisant comme palliatif contre la famine des indigènes, conséquence d’une malnutrition liée à la chute de la quantité et de la qualité de l‘alimentation indigène provoquée par le pillage de la conquête et le déplacement forcé des populations indigènes de leur territoire, ce qui a signifié la condamnation de leur productivité agricole. Etant donné le besoin de main d’oeuvre forcée pour les durs travaux miniers, les conquérants espagnols continuèrent l’exploitation malgré l’opposition du clergé et de certains gouvernants de l’époque qui voyaient en elle une source d’idolâtrie et la promotion de conduites condamnables.

Indépendamment de l’importance économique de la coca, les études de ses bienfait débutent seulement au XVIIIémesiècle, quand les produits naturels américains commencent à être analysés et classifiés selon les nouveaux critères de la botanique de Jussieu et Linné. Par exemple le botaniste Hipólito Ruiz López étudie la flore péruvienne et fait le premier dessin de la coca en 1788; en 1794 le médecin péruvien Hipolito Unanúe publie la « Dissertation sur la culture, le commerce et les vertus de la coca » où il lui attribue des effets curatifs et analgésiques contre les coliques, l’asthme et l’arthrose.

Décoction de la coca

Décoction de la coca (photo Nash Esh’s)

En 1863, un pharmacien et chimiste corse originaire de Pero-Casevecchie, Angelo Mariani, crée et commercialise à Paris une boisson fortifiante à base de vin de Bordeaux additionné de feuilles de Coca, appelée « Vin Mariani ». Il est assimilé à un médicament et recommandé par les médecins comme tonique avec des effets immédiats contre la grippe, les maux d’estomac, l’anémie, la dépression et les faiblesses sexuelles. Mariani comptait parmi ses fidèles clients tous les grands de son époque, du pape aux présidents en passant par les célébrités; on sait aujourd’hui que son vin contenait une dose non négligeable de cocaïne !

http://www.nakoweb.com/cocacola/coca.htm

En 1880 l’américain John Pemberton enregistre officiellement le Vin de Coca inspiré du vin d’Ángelo Mariani et fonde la Pemberton Chemical Company. Au début ce n’était qu’une boisson qui contenait un jus alcoolique décrit comme vin français de coca, tonique idéal pour le cerveau et les nerfs. Aujourd’hui c’est une grande industrie et le principal acheteur de coca : un certain Coca-Cola !

http://risal.collectifs.net/spip.php?article84

En Colombie, le commerce de la coca se maintient stable jusque vers 1940, quand certains groupes politiques et économiques dominants essaient d’interdire son commerce, comme l’avait fait Jorge Bejarano, hygiéniste, avec la loi 34 de 1948 contre la « chicha et le guarapo », des boissons fermentées à base de maïs et de canne de sucre, respectivement. Mais cette interdiction fut renversée par d’autres secteurs comme le secteur vinicole qui cherchait à maintenir la main d’oeuvre semi-esclave en la payant avec de la coca qu’ils commercialisaient et dont ils imposaient le prix, une pratique héritée de l’entreprise de bananes Chiquita Brands, dans les années 30.

En 1961 l’ONU classe la coca comme plante vénéneuse et l’inclut dans la liste des stupéfiants, alors qu’en Colombie les indigènes étaient encore considérés comme des sauvages qu’il fallait faire rentrer dans la vie civile, selon la loi 89 de 1890 qui était encore en vigueur à cette époque. Puis en 1988 la convention contre les stupéfiants abolit l’interdit du « mamabeo » en reconnaissant l’importance de la coca dans les traditions indigènes et d’une certaine façon en acceptant les bienfaits que W. Golden Mortimer avait exposé dans ses travaux en 1901, comme le fait d’être un complément alimentaire particulièrement riche pour une population sous-alimentée et confrontée à des conditions climatiques extrêmes. De plus, la Cour Constitutionnelle a établi une distinction claire et nette entre la feuille de coca et la cocaïne.

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La coca et sa valorisation

Petit à petit s’est redécouvert ce que les peuples indigènes connaissaient depuis des siècles et qui avait déjà été constaté par des données scientifiques comme celles de Mortimer qui décrivent les bénéfices des la feuille de coca : « la feuille de coca contient plus de calcium que le lait, plus de phosphore que le poisson, plus de fer que les épinards et par conséquence c’est un aliment prodigieux ». Cependant, des intérêts très particuliers sont derrière pour interdire sa commercialisation et sa valorisation.

La coca, comme on l’a déjà dit, est une plante qui a de nombreuses vertus, et elle n’est pas toxique (cf tableaux), a contrario elle est médicinale et nutritive. Utile à la médecine comme analgésique, antidépresseur et comme coupe-faim (contre l’obésité), pour améliorer la fatigue laryngienne (voir rauque), pour soigner les nausées, probablement le diabète mellitus et la maladie de Parkinson et elle peut même aider à gérer le grave problème de dépendance à la cocaïne ou au « crack ».

En fait la cocaïne n’est qu’un alcaloïde parmi 14, chacun ayant ses propres vertus, or pendant le procédé chimique pour extraire la cocaïne, il se détruit 98% des composants nutritifs et médicinaux de la feuille et il ne reste que le composant qui l’a condamnée. La feuille de coca ne produit pas de dépendance, tandis que la cocaïne en produit quand elle est injectée par voie intramusculaire, sous-cutanée ou par inhalation. La consommation de coca peut être abandonnée facilement et de manière définitive, sans aucun effet indésirable car contrairement à la cocaïne prise à dose importante, elle n’est pas une drogue. Quant aux alcaloïdes contenus dans la feuille de coca, comme n’importe quelle substance active tirée de nos plantes européennes, tout est une question de dose. Il faut se souvenir qu’une bonne proportion de nos plantes médicinales sont aussi des plantes vénéneuses, voire mortelles.

Valeur nutritive de la feuille de coca comparée avec les valeurs moyennes d’aliments courants.
100 g
Coca(feuilles sèches)
100 g
autres (valeurs moyennes)
Calories

305

280

Protéines g

20

11

Lipides, g

3

8

Glucides, g

46

37

Fibres, g

37

15

Calcium, mg

1700

100

Phosphore, mg

912

270

Fer, mg

26

4

Vitamine A (UI)

1500

135

Vitamine B1, mg

0.6

0.6

Vitamine B2, mg

1.7

0.2

Vitamine PP, mg

3.7

2.2

Vitamine C, mg

11

13

Vitamine E, mg

44

20

 diverses sources moyennées

Le mode de consommation traditionnel de la coca par les indigènes, fait que même chez les plus grands consommateurs (mineurs de Bolivie) la dose de cocaïne dans le sang est à la limite du détectable alors qu’ils bénéficient de tous les bienfaits des autres alcaloïdes. L’action conjuguée de la salive et du « cal » (chaux naturelle), permet même de décupler l’assimilation de ces alcaloïdes au détriment de la cocaïne. Donc toutes ces propriétés font de la coca une substance exceptionnelle et c’est dans ce sens que des communautés indigènes ce sont unies, pour capitaliser un savoir ancestral et comme proposition de paix et de résistance civile pour sortir du conflit. Nash Esh’s et Kokasana sont les principaux fabricants de produits à base de coca : infusions, biscuits, vin, boisson (Coca-sek), pommade pour l’arthrose… Ils se sont appuyé sur la législation indigène de la Constitution de 1991 qui permet l’usage traditionnel de la coca par les communautés indigènes comme les Yanoconas, Paeces et Kamsas, entre autres, et en utilisant leur savoir-faire ils ont voulu valoriser une plante aussi sacrée que stigmatisée.

Le début (1997) a été difficile par manque de ressources, par les différents aspects réglementaires ainsi que par la méfiance des autorités pour cette feuille de la discorde. Nonobstant les obstacles, les groupes indigènes continuèrent un patient travail ayant pour but la reconnaissance sociale de la feuille de coca. Après avoir rempli tous les requis, dans le courant de 2004 ils obtiennent finalement l’accord de l’INVIMA (institut de contrôle de médicaments et aliments). Les différentes formes de produits sont bien reçus par les consommateurs non indigènes des grandes villes puisqu’ils reconnaissent non seulement les bienfaits de la coca mais voient dans cette commercialisation un moyen pour les communautés indigènes de lutter contre le narcotrafic ainsi qu’une alternative de développement social durable.

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L’affaire Coca-Sek et Coca-cola

Entre autres produits, Nash Esh’s a créé une délicieuse boisson énergisante appelé Coca-Sek qui a été bien accueillie par le public pour sa saveur et ses vertus. Mais la puissante multinationale Coca-Cola Company a porté plainte devant la « Superintendence d’industrie et de commerce » en argumentant que Coca-Sek viole ses droits d’auteur et de cette manière a voulu interdire aux indigènes l’enregistrement de la marque de cette boisson faite à base de feuilles de coca entières. Une bataille légale s’en est suivi, et surprise, en octobre de 2006 Coca-Sek obtient gain de cause en sa faveur.

Coca-SekCoca-Sek vs. Coca-Cola

Mais la lutte continue et la partie est loin d’être perdue; c’est aussi ça la Colombie, un équilibre précaire entre démocratie moderne et république bananière.

Avec Mansanto et les compagnies pétrolières, par exemple, Coca-Cola fait partie de ces multinationales dont on ne sait jamais par quel bout commencer l’énumération de leur interminable liste de méfaits à l’échelle planétaire. Un bon indicateur est le volume de dénonciations que l’on peut trouver sur internet à leur sujet. Concernant Coca-Cola nous nous bornerons ici à ses relations troubles avec la coca sans évoquer la répression sanglante du syndicalisme.

L’entreprise Coca-Cola nie régulièrement l’utilisation de la feuille de coca dans la fabrication de son produit, ainsi que son importation aux Etat-Unis alors que de fait c’est le premier acheteur de coca. Ainsi, la société Albo a exporté durant 26 ans de la coca depuis la Bolivie vers les États-Unis par l’intermédiaire de la Stephan Chemical Co. import-export officiellement à caractère pharmaceutique, bien que les exportations de feuilles de coca soient interdites depuis 1971. D’après le CELIN, Centro Latino-américain d’Investigation Scientifique, la même compagnie a exporté 204 tonnes en 1995, 114 tonnes en 1996, 49 tonnes en 1999 et 60 tonnes en 2002. Au Pérou, Le chef du service antidrogue, Nils Ericson, dans un texte publié le 26 janvier 2004, a affirmé que « Coca Cola, le fameux fabricant de boissons gazeuses, achète au Pérou chaque année 115 tonnes de feuilles de coca et à la Bolivie 105 tonnes, avec lesquelles on produit, sans alcaloïdes, 500 millions de bouteilles de boissons gazeuses par jour. » Luis Gómez, The Narco Bulletino, 28 janvier 2005 sur :

www.narconews.com

Donc, Coca Cola utilise bien les feuilles de coca et son usage est protégé par l’article 27 de la dite convention contre les stupéfiants de 1961. La multinationale peut utiliser les feuilles de coca mais les indigènes doivent se contenter de la mâcher ! Ce qui fait croire à l’auteur Gómez que la pression pour éradiquer la coca au Pérou – et nous ajoutons : dans tous les pays producteurs andins – est une stratégie pour assurer à Coca Cola le monopole de la feuille de coca, non seulement dans le but de contrôler le marché, mais aussi pour casser le marché des boissons qui utilisent la feuille de coca – sans alcaloïdes ? – dont la fabrication est florissante dans les différents pays latinos comme Coca-Sek en Colombie et les marques Vortex Coca Energy et K-drink. au Pérou. En réalité la célèbre boisson est sérieusement menacée par l’explosion des boissons énergisantes qui sont apparues un peu partout depuis une quinzaine d’années et cherche à reprendre la situation à son avantage, et ce par tous les moyens.

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Les fumigations et le Plan Colombie

Le sujet des cultures illicites est un des principaux sujets de polémiques pour la société colombienne, principalement par ses implications sociales, économiques, politiques et environnementales.

Or, la croissance des cultures illicites a pris de l’ampleur depuis les années 1990 avec le développement d’un réseau national et international du trafic lié à l’augmentation de la consommation de cocaïne dans les pays européens et les Etats-Unis, ce dernier étant devenu le premier consommateur mondial.

Pour lutter contre ce fléau, en décembre 2000 le gouvernement colombien, avec à sa tête Andres Pastrana, commence une intense compagne de fumigations massives dans le cadre du Plan Colombie initié sous l’administration Clinton.

Les fumigations avec des herbicides ne sont pas nouvelles en Colombie. Pus de deux décennies d’application de programmes d’éradication aérienne avec des produits chimiques donnent à la Colombie une expérience suffisamment longue dans ce domaine pour démontrer l’inutilité du dit programme, car en deux décennies les cultures illégales ne se sont pas réduites, bien au contraire elles se sont multipliées. Et les fumigations deviennent un autre mal qui s’ajoute à celui des cultures illicites, le tout générant un impact négatif de grand ampleur pour l’environnement et la santé publique étant donné que ces plantations sont camouflées dans les forêt natives en détruisant des milliers d’hectares.

PastranaUribé

Pastrana et Uribé : les deux présidents impliqués dans le Plan Colombie

Mais la nouveauté de ce programme de fumigations est l’intensité de son application et le nouveau mélange utilisé. Il s’agit d’éliminer en un court laps de temps le plus grand nombre d’hectares en aspergeant avec un nouveau mélange à base de glyphosate (ex-brevet de la firme Monsanto maintenant tombé dans le domaine public), fumigations effectuées par l’entreprise American DynaCorp. Ces fumigations ont pour but d’en finir avec les plantations de coca mais elles attaquent aussi les autres cultures légales en plus d’affecter la santé humaine avec les affections de la peau et autres maladies et en contaminant les rivières et par conséquence l’équilibre environnemental.

Dans un rapport de la Présidence de la République, suite à des ateliers avec les communautés impliquées on lit : « les conséquences de l’éradication de la coca par les fumigations aériennes avec le glyphosate ce sont avérés catastrophique, principalement car elles génèrent un nombre plus élevé de déplacés sans aucune aide de l’Etat, alors que les petits cultivateurs de coca se déplacent vers d’autres terres et là ils continuent avec la culture de coca, ce qui signifie de nouvelles forêts arrachées, et. » En 2002 le nouveau Président Alvaro Uribe, avec sa main de fer et son intransigeance reconduit les fumigations et pire encore, ordonne la fumigation de certaines zones de parcs nationaux.

destruction des cultures vivrières des paysansdestruction des cultures vivrières des paysans

Les conséquences des fumigations, photos fotoserrano.blogspot.com

Le 27 avril 2005, lors de sa visite en Colombie, Condolezza Rice confiait à NYT : « Malgré 5 ans et 3 milliards de dollars pour l’opération anti-narcotiques la plus ambitieuse de l’histoire, des fonctionnaires colombiens et américains qui signalent qu’ils ont éradiqué un millions d’acres de coca, la cocaïne continue d’envahir le marché américain » De plus, l’offre augmente, les prix continuent d’être stables et la pureté s’améliore. Et aujourd’hui ? Malgré son inefficacité et tous les inconvénients reconnus des fumigations, elles se perpétuent, le trafic continue, la consommation augmente, les entreprises américaines de fumigation se frottent les mains, les pays qui reçoivent le 90% des bénéfices du trafic se réjouissent pendant que les populations qui n’ont d’autres choix que de travailler pour le compte des narcotraficants souffrent et que l’environnement se dégrade.

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Sources

www.onic.org.co/noticias.shtml?x=104

www.colectivodeabogados.org/rubrique.php3?id_rubrique=9

www.mamacoca.org/ed-especial1/tcap05.htm

www.inhes.interieur.gouv.fr
www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=676
www.javeriana.edu.co/Facultades/comunicacion_lenguaje/directo_bogota/edicion6/vanguardias.html
www.cocasoberania.org/index.html
www.nakoweb.com/cocacola/coca.htm
www.presidencia.gov.co/Ingles/mundo/espa%F1a/2006/abril/18.htm
risal.collectifs.net
www.asambleaporlapaz.com

Documents de l’ONIC et Nasha Esh’s.

Daniel Samper Pizano Cambalache, El tiempo, «La guerre chimique d’un modèle échoué» (4 mai 2005)

German Castro Caycedo, « Con las manos en alto » 2001; « Sin Tregua » 2003, Ed. Planeta.

www.mamacoca.org/ed-especial1/tcap05.htm

C’est un réseau de citoyens actifs : académiciens, spécialistes des processus sociaux de la région andine, chercheurs dans le domaine des culture illicites, leaders agricoles et activistes pour la paix. L’initiative de créer un espace de débat surgit suite à la militarisation, à la destruction sociale et environnementale de la Région Andine entre autres régions frappées par ce fléau.

L’objectif est de réveiller les consciences à travers l’échange d’informations et d’analyses pour rechercher des solutions, des options, des stratégies viables face au conflit de la coca, le déplacement des populations indigènes et paysannes, la guerre chimique et la menace latente d’une guerre biologique.

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