La Colombie Précolombienne

Archéologie

La préhistoire américaine est surtout associée à la Mésoamérique et aux Andes Centrales car les autres cultures préhispaniques n’ont pas éveillé l’intérêt et l’admiration que suscitent les pyramides du Mexique, les temples de Tikal au Guatemala ou les ruines de Machu Picchu au Pérou. La zone intermédiaire (Colombie, Equateur, Venezuela), peu étudiée, était constituée essentiellement de « cacicazgos », combinaisons socio-politico-économiques autonomes qui réunissaient des villages et des communautés sous le contrôle d’un chef suprême, le cacique. A l’exception notoire des Tayronas de la Sierra Nevada de Santa Marta, ces cultures n’ont pas laissé de grands monuments mais quantité de vestiges d’un mode de vie simple.

C’est seulement depuis la seconde guerre mondiale que les archéologues commencent à s’intéresser à ces cultures, c’est-à-dire pas seulement aux tombes et aux temples, mais aux procédés de l’agriculture, à l’établissement humain et à son adaptation au milieu naturel, à leur système de gouvernance…

En se référant aux indiens en Colombie, G. Reichel Dolmatoff (anthropologue Autrichien, naturalisé colombien), disait: « J’ai trouvé un monde de philosophies cohérentes, de morale élevée, d’une organisation sociale et politique d’une grande complexité, une gestion judicieuse de l’environnement avec des connaissances solides. J’ai pu observer que les cultures indigènes offrent des options insoupçonnées et des stratégies de développement culturel que nous ne pouvons pas négliger ou ignorer parce qu’elles contiennent des solutions applicables aux problèmes humains. »

Editions VillegasEditions Villegas

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Or, les études sur les premiers groupes humains du territoire colombien et leur développement jusqu’à l’arrivée des espagnols sont rares. Néanmoins, les découvertes archéologiques faites dans quelques zones du pays ont permis de retrouver divers objets de la vie courante, des outils, des tissus… lesquels ont aidé à identifier la présence des populations sur ce territoire il y a au moins 10 à 12 milliers années. Mais d’après les études faites au Pérou où l’on a prouvé que la présence de l’homme remonte au moins à 22000 ans, il est plus que probable que la Colombie était également peuplée à cette époque, vu l’itinéraire emprunté par le peuplement humain de l’Amérique.

Musée archéologique

www.museoarqueologico.com/museo

En effet, selon les recherches anthropologiques et ethnologiques, l’Amérique a été peuplée par des nomades et des chasseurs d’origine asiatique qui sont arrivés par le détroit de Béring puis ont parcouru le continent de l’Alaska jusqu’à la Terre du feu.

Comme ailleurs, la constitution de groupes s’est faite en priorité le long des côtes, des fleuves et des lacs, entre autre pour les possibilités de pêche. C’est en se diversifiant que ces communautés ont commencé à adopter un mode de vie sédentaire lié à une dépendance croissante envers des aliments d’origine végétale, en réponse à la disparition des grands mammifères. Ces circonstances obligèrent alors les habitants à combiner la chasse et la pêche avec l’agriculture et par conséquent à s’établir dans des petits villages pour développer des cultures comme le maïs, les pommes de terre et le manioc devenus la base de l’alimentation. A partir de cette époque apparaissent des outils en pierre polie, la céramique, des objets en coquillage et os d’animaux, etc.

 

pointe projectile

pot en céramique

Pointe projectile avec pendule

Département d’Antioquia

Le plus ancien pot en céramique

Département de Bolívar

photos: Musée National

 L’établissement de villages est le début d’une vie « urbaine », d’une société stratifiée, des cacicazgos, de codes de conduite, d’un système de symbolisme religieux, de l’architecture, des chemins, des œuvres d’infrastructure hydraulique qui avait pour fonction la régulation des inondations, des terrasses pour l’agriculture, de la poterie, de la division du travail, etc. suivant un schéma somme toute assez classique. Les figures en céramique par exemple indiquent l’existence de rituels guérisseurs et de pratiques chamanistiques ce qui implique l’apparition de fonctions rituelles et par la suite les premiers pas de différentiation sociale. Il ressort ainsi que la base de cette évolution sociale, intellectuelle et artistique est sans doute l’agriculture qui donne naissance aux civilisations.

Revue Crédencial

Maria Victoria Uribe, Revue Crédencial, édition du 27 mars 1992

www.lablaa.org/blaavirtual/revistas/credencial/octubre2007/indice.htm

Le peuplement indigène au moment de la conquête

D’un point de vue quantitatif, les données concernant l’importance de la population préhispanique à l’arrivée des espagnols, sont encore insuffisantes et il faut se baser sur les rares données des quelques chroniqueurs de l’époque coloniale et encore tout le territoire n’était pas concerné, sans compter que la géographie complexe du pays biaise forcément les chiffres.

Ainsi, certains historiens de la première moitié du siècle précèdent comme Giraldo Jaramillo estiment que la population pouvait atteindre environ 5 millions; Zamora, d’après le journal de Jiménez de Quesada, estimait que rien que la population Chibcha se comptait par millions, de même pour Joaquin Acosta (Histoire de la Nouvelle Grenade, BPCC, Bogotà, 1942).

Les ethnographes et géographes contemporains ont revu ces chiffres à la baisse mais sans pouvoir proposer des estimations fiables compte tenu de la déficience de documentation et le manque d’analyses analytiques, archéologiques et historiques. Ainsi Stewart, dans l’ouvrage « Handbook of South American Indians », avance le chiffre de un million; l’historien Angel Rosenblat, à partir de l’ensemble des chiffres disponibles arrive à une estimation similaire.

La seule chose dont on soit certain ce sont les causes de la décroissance de la population indigène lesquelles son variées : actions belliqueuse pendant la conquête, le rude travail forcé dans les mines et les haciendas, les maladies importée du vieux monde (varicelle, rougeole, typhoïde), la destruction de l’économie et la désorganisation des traditions culturelles, la concurrence entre conquérants et conquis pour les ressources alimentaires surtout pendant le premier siècle de colonisation. Finalement l’introduction de nouvelles formes culturelles et de vie sociale entraîne la dissolution des familles et des tribus puis l’apathie sexuelle (Jaramillo Uribe-« La population indigène de Colombie dans la conquête et ses transformations postérieures »). C’est cet affaiblissement rapide de la population indigène de Colombie, son incapacité à servir les intérêts des conquérants qui a pour une large part motivé le développement de l’esclavage et la venue forcée de nouveaux immigrants en provenance d’Afrique, qui de métissage en métissage allaient donner naissance à une nouvelle composante de la population : les afrocolombiens.